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Guide d’expédition sur les bateaux de croisière, la réalité de ce métier

Et si vous deveniez guide d’expéditions sur un bateau de croisière ? L’Antarctique, le Spitzberg, le Groenland, les îles Vanuatu, les îles Salomon ou la Nouvelle Calédonie vous attirent tellement mais ces destinations sont difficiles d’accès et souvent onéreuses. Si vous alliez découverte du monde et travail ? Mais en quoi cela consiste ce métier intriguant et passionnant? Est ce un métier de rêve fait pour vous ? Afin d’en savoir un peu plus, j’ai interviewé une de mes amies qui travaille sur un bateau de croisière renommé.

 

 

1/ Peux tu décrire ton métier, en quoi cela consiste t-il ? journée type et combien de temps travailles-tu sur un bateau ?

Je travaille en tant que guide d’expéditions sur des bateaux de croisières. Cela veut dire en gros que dès que les bateaux vont dans des zones où il n’y a plus de port, de quai, de bus et de guides locaux, il faut faire appel à des naturalistes qui vont être les guides pour les passagers à bord. Du coup quand on arrive en escale quelque part, on utilise des zodiacs pour débarquer les passagers ou les emmener en croisière, on leur donne des informations pendant les débarquements à terre (histoire, géologie, biologie, etc… suivant les endroits), on les accompagne sur des balades ou en snorkeling, etc… Et quand le bateau est en navigation on leur donne des conférences à bord, sur des sujets ayant rapport avec les destinations traversées bien sur.

 

Une journée type, c’est difficile à décrire parce que ça peut être très différent d’une destination à l’autre…

On va prendre 2 exemples très différents, un en région tropicale et un en région polaire.

Triton Bay c’est en Indonésie, donc en région tropicale… On se lève, petit-déjeuner copieux puis on va à la porte de bordée, descendre nos zodiacs pour aller récupérer les passagers à la marina du bateau et les emmener en croisière. On a 200 passagers et 10 zodiacs donc on fait les opérations en 2 fois. La balade dure environ 1h30 pas groupe, pendant laquelle on navigue tranquillement entre des îlots karstiques recouverts de palmiers. On découvre des plages cachées, on peut voir des tortues à travers les eaux translucides, et on croise la route de pêcheurs dans leurs pirogues. C’est d’un calme royal ! On rentre à bord pour le déjeuner et ensuite on repart l’après-midi pour une opération plage/snorkeling où on débarque les passagers sur une plage paradisiaque de laquelle ils peuvent aller explorer les fonds marins où se prélasser tranquillement au soleil. En fin d’après-midi, une fois que tout le monde est rentré à bord (les passagers, les zodiacs et nous), on propose un « briefing-récap » de la journée au théâtre, pour revenir sur les moments forts de la journée, et aussi leur présenter l’escale du lendemain.

Saint Andrew Bay & Grytviken sont 2 escales en Géorgie du Sud, un archipel proche du continent Antarctique. C’est la Mecque pour les rencontres avec les manchots royaux pendant l’été austral. Du coup, on essaie de mettre toutes les chances de notre côté pour proposer des sorties inoubliables, malgré les conditions météo parfois difficiles. Le débarquement du matin commence tôt, car on doit respecter la réglementation IAATO et ne pas débarquer tous nos passagers en même temps. C’est difficile de se dire qu’on peut très bien commencer les opérations mais ne pas pouvoir les finir (donc qu’une partie des passagers ne puisse pas débarquer) mais c’est la loi des croisières expédition en régions polaires… A Saint Andrew Bay, l’accent est mis sur la faune, il n’y a pas des centaines, ni des milliers de manchots devant nos yeux, mais des centaines de milliers… On les entend et on les sent avant de les voir J Il y a aussi des otaries à fourrure et des éléphants de mer, en plus des oiseaux marins qui survolent les colonies. L’effet est à couper le souffle. Après le déjeuner, on propose un deuxième débarquement, à Grytviken, sur une ancienne station baleinière norvégienne, qui abrite encore plusieurs épaves de bateaux de chasse et un musée qui retrace l’histoire de l’île. C’est fascinant de voir la faune reprendre ses droits sur place : les harpons rouillent sur les épaves des bateaux qui servaient à la chasse à la baleine jusque dans les années 1960, pendant que des éléphants de mer se prélassent à l’ombre des mêmes bateaux… Il y a aussi (et surtout ?) la tombe d’Ernest Shackleton, qui est mort ici en 1922, après avoir mené plusieurs expéditions en Antarctique et avoir effectué le sauvetage in extremis de l’équipage de son bateau, l’Endurance.

2/ Depuis combien de temps tu exerces ce métier et comment en es tu arrivée la? Quelles Études? Quels sont les diplômes demandés et les expériences demandées pour ce métier?

Je suis guide d’expédition depuis 5 ans. Ce n’est pas ma formation mais ça m’est un peu « tombé dessus ». J’ai une formation touristique (BTS) et c’est en rencontrant des guides à bord que la transition s’est opérée. Dans mon cas j’ai été formée sur le tas, pour le pilotage des zodiacs avec les cadets et officiers du pont à bord, puis en formation à Marseille et en passant le permis bateau. On suit aussi des formations pour les armes car en Arctique il faut avoir des fusils et des pistolets d’alarme en cas de rencontre avec un ours. Il faut monter des conférences sur les destinations traversées, en français et anglais, à proposer au théâtre pendant les croisières. Et ça, ça se fait seul, chez soit, devant son ordi…

Sincèrement, pour exercer ce métier, ce ne sont pas les diplômes qui comptent, sinon je ne serais pas là. Mais la passion, l’implication et le professionnalisme. Évidemment une formation en écologie, climatologie, biologie ou tout autre domaine naturaliste est un énorme plus, mais pas une exigence. Une période prolongée dans une des destinations traversées est un autre plus. Le pilotage de bateaux légers et le bilinguisme sont par contre des qualités vraiment recherchées, voire indispensables.

 

3/ Quels sont les avantages et inconvénients/les contraintes/ Qu’aimes tu dans ce métier?

Avantages = rencontrer des gens extraordinaires, découvrir des destinations inaccessibles autrement (pour cause d’accès limité ou de budget), avoir de longs congés où on a la possibilité de faire de grands voyages.

Inconvénients = promiscuité car on partage une cabine avec quelqu’un que l’on ne connait pas nécessairement, donc pas vraiment d’intimité. Vie de famille impossible ou compliquée, du coup je suis célibataire (pour pouvoir vraiment en profiter), contrat de travail international, donc pas de cotisations.

 

 

4/ Avons nous le temps de voyager personnellement sur un bateau de croisières ? 

Pas pendant les contrats. On découvre des endroits (magiques) mais uniquement le temps d’une escale, qui dure en général une journée ou une demi-journée ET avec les passagers. On voit l’essentiel mais on ne profite pas pleinement. Par contre, j’ai la chance d’avoir une relation privilégiée avec mon employeur, qui me permet de décaler mes billets d’avion quand je rentre d’une saison et donc de pouvoir en profiter à mon rythme et selon mes envies. Je suis restée comme ça pour visiter un petit peu l’Uruguay, Tokyo, les Seychelles, l’Afrique du Sud, Nouméa, etc… souvent seule mais parfois avec des collègues, qui deviennent des amis !

 

5/ Quelle est la durée moyenne d’une croisière ? Combien de temps restes tu à bord d’un bateau de croisière lorsque tu es embauchée ?

En tant que guide d’expédition, il est rare de faire des contrats de plus de 2 ou 3 mois, car notre présence à bord n’est nécessaire que pendant les croisières expédition. Donc par exemple, un bateau qui navigue en Papouasie, îles Salomon, Vanuatu va avoir besoin de nous, mais arrivé en Australie, Nouvelle Zélande, il n’y a plus besoin, donc on débarque. Il y a des exceptions mais en gros c’est ça. Et puis franchement, au bout de 2 mois on est cuits ! Rester plus longtemps ne serait pas productif, car les journées sont intenses !

Pour ma part je navigue 6 mois de l’année. Le reste de l’année je bosse sur les itinéraires & conférences, je vois ma famille et je voyage!

En ce qui concerne la durée des croisières, ça va de 1 à 3 semaines avec beaucoup de 10 à 15 jours. 1 semaine c’est court mais c’est possible pour les destinations proches comme le Spitzberg. Dès qu’on s’éloigne, il faut prendre plus de temps. L’Antarctique, c’est 10 ou 15 jours, en Asie Pacifique c’est souvent 15 jours. Et on a 2 croisières qui se font une fois par an qui durent chacune 3 semaines : le Passage du Nord-Ouest entre le Groenland et l’Alaska et la traversée d’Ushuaia au Cap en passant par les Malouines, la Géorgie du Sud et Tristan da Cunha, avec beaucoup de jours de mer !!!

 

6/ Quels sont les types de croisière existantes ?

Il y a les croisières polaires en régions Arctique & subarctiques où l’on va au Spitzberg, Groenland, Passage du Nord Ouest, Kamchatka et Kouriles. Les itinéraires vont de 1 à 3 semaines avec accent sur les rencontres ethniques, la faune et la navigation.

Il y a ensuite les croisières en Antarctique avec la péninsule, la Géorgie du Sud et les Malouines. Là c’est entre 10 et 15 jours. Accent sur la faune et les paysages.

Et puis il y a les croisières tropicales où il y a de tout : Kimberley, Indonésie, Papouasie, Iles Salomon, Vanuatu, Nouvelle Calédonie, mais aussi les Iles Eparses, les Seychelles et les croisières sur l’Amazone et l’Orénoque. Là on essaie de se focaliser sur les cultures locales et le snorkeling (voire plongée parfois) et suivant les destinations, sur la géologie, le volcanisme, etc…

 

7/ Quel est le salaire et les possibilités d’évolution?

Moi j’ai commencé à 0 ! Je ne connaissais pas le boulot donc je considérais ça comme normal… Je ne sais pas si je suis toujours d’accord avec ça parce que ça a été intense comme préparation ! On commence comme guide et on peut ensuite devenir assistant chef d’expédition puis chef d’expédition. Le chef d’expé a des responsabilités énormes (comme par exemple de devoir décider s’il est sécurisé de débarquer des passagers sur une plaque de banquise dérivante… ou pas ?) donc un salaire plus intéressant, qui peut être très différent d’une compagnie à l’autre. Pour certains « vétérans » de certaines compagnies américaines, on arrive à plus de 300€/jour… moi j’en suis loin ! Toutefois, avec l’ancienneté et la fidélité à une compagnie, on peut évoluer assez rapidement.

 

8/ Est-ce une branche qui recrute facilement ? Par quels types de croisières commences-tu ?

Je dirais que oui, c’est une branche qui recrute, car le secteur de la croisière d’expédition est en plein boom, Cela plait énormément, surtout les régions polaires qui sont difficiles d’accès autrement. Il y a plus d’une 40aine de bateaux d’expédition (toutes compagnies confondues) en construction sur le marché d’ici à 2021. Ces bateaux, où qu’ils aillent, vont nécessiter un équipage expérimenté… à bon entendeur.

 

 

9/ Quelles sont les qualités requises ?

Je dirais flexibilité avant tout ! Il faut s’attendre à tout : changement de saison, modification d’itinéraire, capacité à travailler dans 2 langues, etc… et puis bien sûr, changement d’itinéraire pendant les croisières, mais ça, comme c’est un itinéraire « expédition », c’est sous-entendu. Il faut savoir que ce qui est indiqué comme itinéraire de départ ne sera pas l’itinéraire de fin et s’y adapter…

Il faut aussi être patient avec nos passagers qui sont parfois fatigants (questions récurrentes ou comportements inadaptés par exemple). Etre multifonction et curieux de tout. Ce n’est pas parce qu’on se spécialise sur la géologie par exemple, qu’on ne doit rien savoir sur les oiseaux ou l’histoire. L’idéal est de s’y connaître un peu en tout.

Être un peu fêlé… ça aide 🙂

10/ As-tu des anecdotes à raconter ?

Oh il y en a tellement… Je ne saurais même pas par où commencer. Mais c’est parfois intéressant de voir les réactions des passagers. Un jour où on naviguait en Antarctique, j’ai donné une conférence sur une expédition dont le bateau avait été broyé par la glace et dont les occupants avaient hiverné sur une île isolée, peuplée de manchots. Le lendemain, nous avons fait un débarquement sur une plaque de banquise et d’un coup les conditions ont changé, le vent s’est levé et de gros morceaux de glace ont commencé à arriver sur nous. Nous en étions à la fin des opérations, heureusement, mais nous avons quand même été bloqués pendant 2 bonnes heures dans nos zodiacs avec des passagers à bord. Moi j’étais aux anges (inconscience professionnelle ?) et je disais à mes passagers que ça leur donnait une idée de ce que les explorateurs du début du XXème siècle avaient enduré. Je leur racontais des histoires et des anecdotes de l’époque et du coup… on n’a pas vu passer le temps !!

C’est toujours les pires moments dont ils se souviennent avec nostalgie ! Pareil en Alaska l’été dernier où on a traversé une des pires tempêtes dont je me souvienne. Il y a eu beaucoup de casse (matérielle et humaine), et les passagers avaient des entailles ou même de gros coquards qu’ils arboraient avec fierté en se remémorant les événements. Nul doute qu’ils vont raconter ça avec tous les détails à leurs petits-enfants !

Une autre anecdote qui m’a marquée : c’était sur l’île de la Petite Diomède, qui ne reçoit qu’un ou deux bateaux pas an. Quand on y est allé, il n’y en avait pas eu depuis 2 ans. On a visité le micro village de moins de 100 âmes, et puis on les a invités à bord. Ils étaient bien une 50aine à venir sur le bateau, les yeux écarquillés. Ils jouaient avec les ascenseurs (il y avait beaucoup d’enfants) mais le plus beau a été quand ils ont vu la piscine. Ils ont touché l’eau, ont crié « elle est chaude » et ont sauté dedans tout habillés !!! Il faut imaginer qu’il n’y a pas de piscine dans cette région du monde et qu’ils ne savent donc pas nager, car ils ne peuvent pas apprendre à nager dans les eaux froides du Détroit de Béring… Pourtant leurs vies sont étroitement liées à l’eau, ce sont tous des pêcheurs, car la pêche est un des seuls moyens de subsistance. La première cause de décès dans cette région est donc la noyade, paradoxe ultime… Ces gens là ont des vies extrêmement dures, mais ils ne connaissent rien d’autre, donc évoluer dans un environnement rude leur paraît normal. Du coup, les voir s’émerveiller devant des choses qui sont acquises pour nous, ben… c’est rafraichissant !

 

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4 Comments
  • Linda
    mars 7, 2018

    Merci pour cet article très complet et la découverte de ce métier passionnant.
    Petite quand je regarderais les reportages d’expéditions ça me faisait rêver.
    Pouvoir partir à la découverte du monde et en vivre

    • Mademoiselle Voyage
      mars 8, 2018

      Merci Linda

      Je suis heureuse de voir que l’article t’a plu! Ce métier a l’air passionnant et j’envie beaucoup mon amie 🙂 mais cela demande aussi beaucoup de travail 🙂 et de sacrifices!

  • Martin
    novembre 18, 2018

    Bonjour !

    Très intéressant cet article qui donne envie 🙂

    Petite question : Sais-tu quel permis bateau ton amie a passé car je souhaite m’orienter dans ce métier également.

    Merci de ta réponse 🙂

    • Mademoiselle Voyage
      novembre 18, 2018

      Bonjour Martin

      Malheureusement non je ne sais pas de quel permis il s’agit! Peut etre que sur internet tu auras plus d’infos ou en contactant une compagnie de bateau. Bon dimanche